Cette section du site web sera mise à jour ultérieurement. Dans l'intervalle, veuillez consulter le dépliant du Mouvement pour une démocratie nouvelle (http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/documents/Depliant_MDN2007_exterieur.pdf et http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/documents/Depliant_MDN2007_interieur.pdf) ainsi que la dernière section développée dans le cadre du projet "Vers un nouveau mode de scrutin" (http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/ateliers2009/presentation_preparons.php). Merci de votre compréhension.
Allocution
de Paul-André Martineau, fondateur du MDN, lors de l'assemblée
de mobilisation sur la réforme du mode de scrutin au Québec le
23 février 2002
Une démarche citoyenne
Chers démocrates, bonjour!
Cet après-midi, j'ai envie de vous parler d'un grand projet. Mais, avant tout, je m'en voudrais de ne pas vous dire merci. Au nom de toutes celles et de tous ceux qui, par leurs efforts, ont permis la réalisation de cet événement, je tiens à vous remercier sincèrement de votre présence. Le Mouvement pour une démocratie nouvelle est un regroupement de citoyennes et de citoyens et la plus belle récompense que nous pouvons offrir à celles et ceux qui le portent, c'est de leur permettre de constater que ce mouvement suscite l'intérêt et l'adhésion des gens. Donc, encore une fois, mille mercis.
Permettez-moi de vous faire l'historique de ce beau projet qu'est le Mouvement pour une démocratie nouvelle. Comme vous pouvez le soupçonner, l'élément déclencheur aura été l'élection de novembre 1998. Au lendemain des élections provinciales, je me demandais, comme sûrement beaucoup d'entre vous, dans quelle sorte de démocratie on évoluait. On avait constaté, pour une troisième occasion, que notre actuel mode de scrutin pouvait outrageusement violer le principe fondamental de la démocratie qu'est la volonté populaire. En effet, le 30 novembre 1998, le parti qui a fini second au vote populaire avait réussi à remporter les élections! Et ceci est dit sans aucune partisanerie politique. Quand le même événement s'était produit en 1966, René Lévesque avait alors parlé d' " un sabotage officiel et extrêmement pernicieux des fondements de la démocratie ".
Personnellement, une période de questionnement a alors suivi les élections. Pourquoi les citoyennes et les citoyens, les seuls propriétaires des institutions démocratiques d'une société, doivent-ils accepter que leur mode de scrutin renverse carrément la décision populaire et produise l'invraisemblable résultat de créer plus d'électeurs perdants que d'électeurs gagnants ?
Pourquoi est-ce que les citoyennes et les citoyens doivent-ils accepter que leur mode de scrutin viole aussi un autre principe démocratique fondamental, soit celui de l'égalité du vote de chaque citoyen? Prenons les trois partis politiques représentés à l'Assemblée nationale, les partis A, B et C. Divisons les votes obtenus par le parti A par le nombre de députés du parti A, divisons les votes obtenus par le parti B par le nombre de députés du parti B et divisons les votes obtenus par le parti C par le nombre de députés du parti C. On en arrive alors à cette situation tout à fait aberrante : une moyenne de 22,000 votes pour élire un député d'un parti; 36,000 votes pour élire un député d'un autre parti et 475,000 votes pour élire un député d'un autre parti. Et ce, sans compter tous les oubliés, sans possibilité réelle de se faire entendre, et toutes celles et tous ceux qui, élections après élections, sont toujours systématiquement sous représentés : les femmes, les communautés culturelles, les écologistes, le monde du travail, les tiers partis.
C'est donc avec ces remises en question que des citoyennes et des citoyens ont décidé qu'il était temps que l'ensemble des Québécoises et des Québécois deviennent les véritables maîtres d'œuvre de la réforme du mode de scrutin au Québec. Le mode de scrutin n'appartient pas aux partis politiques et il ne s'agit pas d'une question d'allégeance. Il s'agit avant tout d'une question concernant l'ensemble des citoyens. Et pourquoi cela nous concerne-t-il tous et toutes? Parce qu'il s'agit d'un des aspects fondamentaux de notre démocratie. Je dirais que c'est l'amour de la démocratie qui a motivé nos premiers pas. D'où la naissance du Mouvement pour une démocratie nouvelle : un mouvement de citoyennes et de citoyens, non partisan, qui prône le dialogue et reflète la diversité idéologique et sociale du Québec actuel, désirant qu'une sérieuse réforme du mode de scrutin voit le jour.
La composition de la salle d'aujourd'hui démontre, sans aucun doute possible, que les Québécoises et les Québécois, de tous les horizons et de toutes les allégeances, sont non seulement préoccupés par la question du mode de scrutin, mais, aussi, partagent et chérissent des valeurs démocratiques communes. Femmes, hommes; aînés, jeunes; fédéralistes, souverainistes; gens de gauche, gens de droite; Québécoises de souche, Québécois d'adoption; anglophones, francophones; gens du monde rural, gens du monde urbain. Pour cette question du mode de scrutin, d'une importance considérable, on met de côté nos divergences.
Après beaucoup de travail fait dans l'ombre, arrive l'année 2001. Année qui aura été celle des premières activités publiques du Mouvement pour une démocratie nouvelle. Le mouvement aura été le promoteur de toute une série d'actions politiques déterminantes touchant la réforme du mode de scrutin au Québec.
- 30 mai 2001 : débat historique sur la réforme du mode de scrutin avec la participation des 4 principaux courants politiques du Québec : Madame Marie Malavoy du PQ, Monsieur Jacques Chagnon du PLQ, Monsieur André Larocque de l'ADQ, Monsieur Paul Cliche de l'Union des forces progressistes;
- 30 octobre 2001 : reconnaissance officielle du MDN par le président de l'Assemblée nationale du Québec qui était, à ce moment-là, Jean-Pierre Charbonneau;
- 13 novembre 2001 : signature d'une pétition par 125 personnalités de la société civile québécoise, toutes tendances politiques confondues, réclamant du gouvernement une commission pour consulter les citoyennes et les citoyens au sujet de l'actuel mode de scrutin québécois. Cette pétition avait alors été publiquement déposée, lors d'une conférence de presse, par Claude Ryan, Claude Charron, Jean Allaire, Marc Laviolette, Andrée Mayer-Périard et Vincent Lemieux;
- 29 novembre 2001 : l'actuel Directeur général des élections du Québec se déclare en faveur d'une réforme du mode de scrutin;
- 19 décembre 2001 : réponse positive à la requête du Mouvement par la Commission des institutions de l'Assemblée nationale du Québec en s'engageant à tenir une consultation publique itinérante au sujet de l'actuel mode de scrutin québécois.
- 23 février 2002 : nous voici réunis pour parler de réforme du mode de scrutin et échanger sur nos principes démocratiques.
Toutes ces réussites en si peu de temps et avec relativement peu de moyens. Comment peut-on expliquer l'engouement pour un tel mouvement?
Selon moi, la réponse est toute simple. Le Mouvement pour une démocratie nouvelle est un beau projet, immensément généreux et rassembleur. Généreux, car non seulement, en tant que citoyenne ou citoyen, veut-on que notre vote compte et compte également peu importe l'endroit où nous habitons et peu importe l'allégeance politique pour laquelle nous sommes, mais nous voulons aussi, et c'est un corollaire, nous voulons aussi que le vote de notre voisine et de notre voisin comptent et comptent également et ce, même si leurs opinions politiques sont diamétralement opposées aux nôtres. On le veut par respect, on le veut par certitude qu'il y a des principes démocratiques qui comptent plus que tout et qui sont à la base du fonctionnement de notre société.
Ce projet généreux rassemble parce qu'il touche tout le monde dans ce qu'il y a de plus noble dans ce respect envers la différence. Qu'ont en commun les Victor-Lévy Beaulieu, les Roméo Bouchard de l'Union paysanne, Claude Castonguay, Marc Laviolette de la CSN, Pierre-F. Côté, Pierre Dansereau, Françoise David, la Fédération de l'Âge d'Or du Québec, Andrée Mayer-Périard de la FEUQ, Claude Ryan, Richard Desjardins, Michel Chartrand, Keder Hyppolite, André Larocque, Martin Simard de la FECQ, Lam Chan Tho, Sophie Lorain, Pierre Lebeau, Monique Richard de la CSQ, Yves Michaud, Gérald Larose, Dan Philip, Claude Charron, François Rebello, le Comité des affaires sociales de l'Assemblée des évêques du Québec, Jean Allaire, Paul Cliche? Qu'ont-ils en commun? Ils ont toutes et tous signé la pétition du 13 novembre réclamant du gouvernement une commission pour étudier l'actuel mode de scrutin. En d'autres mots, malgré la différence de leurs opinions, ils croient, au nom de principes démocratiques partagés, que l'actuel mode de scrutin est déficient.
S'il y a un mot qui qualifie admirablement bien et qui continuera à qualifier le mouvement, c'est le mot diversité. Diversité parce que le MDN est un organisme ouvert qui tend la perche à toutes et à tous. Toutes celles et tous ceux désirant une sérieuse réforme du mode de scrutin y ont leur place, y auront leur place et la porte leur sera toujours ouverte. Le MDN est une coalition de citoyennes, de citoyens et de groupes sociaux. Il fonctionne par consensus. Et laissez-moi vous dire qu'il est beaucoup plus facile qu'on le croit de fonctionner par consensus lorsque nous nous rendons compte que nous partageons tous les mêmes valeurs.
Encore beaucoup de travail nous attend. Nous devons aller vers les citoyennes et les citoyens, vulgariser la question et refuser que le débat ne sombre dans des technicalités ou ne demeure qu'entre les mains d'experts. Nous devons susciter l'implication de la population dans ce processus de réflexion, faire en sorte que ce mouvement et ce processus appartiennent à tous les citoyens et citoyennes. Nous devons les aider à déposer des mémoires à la commission, bref, s'assurer que toutes et tous s'empareront, parce qu'ils en sont les véritables propriétaires, s'empareront de cette commission et de ce mouvement.
Sans crainte de se tromper, nous pouvons dire que ce mouvement de citoyennes et de citoyens, si nous continuons à y mettre les efforts, si vous nous aidez, c'est-à-dire si nous nous aidons, ce mouvement réussira sa mission. On ne l'écartera pas de sa route. Son projet est trop beau, trop rassembleur, trop respectueux de la diversité et de la différence. Il ne doit pas et ne peut plus s'arrêter. Nous sommes fermement convaincus que les citoyennes et les citoyens du Québec, de tous les horizons, réussiront, ensemble, ce projet emballant et écriront, par la même occasion, ce qui sera l'une des plus belles pages d'histoire du Québec contemporain. Ensemble, faisons du Québec un exemple et contribuons au rajeunissement, au renouvellement et au renforcement de la démocratie en Amérique du Nord.